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Discours de Nicole Allagnon

Amie de Pierre Ampen le plus jeune de l'équipage

Madame la ministre, Messieurs, Mr Fauve, Mr Agnus,

À tous les membres de l’équipage, à tous ceux qui nous ont permis d’être là…

Merci.

Gérard tu es absent aujourd’hui Merci à toi, de me permettre de faire l’éloge de ton frère, tu faisais ton service militaire sur la rade ou tu as vécu la terrible angoisse le jour de la disparition de la minerve

Une pensée pour tes parents qui sont partis dans la douleur d’un fils disparu sans jamais avoir su.

Je salue aussi tes deux sœurs que j’ai connues tellement jeunes.

Nous sommes tous là pour un fils, un époux, un père, un grand-père qu’on aurait aimé connaître, un frère, un ami, tous des passionnés et fiers d’appartenir à la grande famille de la marine.

 

« Pierre Ampen, matelot mécanicien … »

 

Je veux que ton nom résonne en ce jour avec fierté ! comme tous ceux de l’équipage. Des disparus de la Minerve, tu es le plus jeune matelot et à peine 28 jours affecté sur la Minerve.

Pour nous, tu étais Pipite. Et je suis là, pour ce souvenir qui ne s’est jamais éteint, de l’ami que tu as été.

 Tu étais aimé, apprécié, par tous : par ta famille, les copains, par les professeurs et les pêcheurs, et par tous ceux que tu approchais à Hendaye.

De l’espoir de vous retrouver dans le désespoir à la messe donnée en ton honneur quelques jours plus tard, j’ai vu couler les larmes sur les joues burinées des pêcheurs, sans cercueil, à la place seul un drapeau : bleu, blanc, rouge.

Je me suis alors fait une promesse pleine de chagrin : je me suis juré d’être là quand on vous retrouvera !  51 ans. Après 7 mois et 18 jours ! Je suis là !

Parce qu’une telle passion pour la mer comme tu l’avais, ça ne s’oublie jamais. Parce qu’on n’oublie pas, une si belle amitié pleine de raison, pourtant si jeune, tu en avais la maturité.

Toujours calme, tu avais le regard profond, le sourire engageant, déterminé, sociable et plein de qualités, tu en avais la sagesse et le sérieux.

Tu allais à l’école des garçons et tu habitais à la capitainerie du vieux port tout en bas toujours entouré de pleins de copains, et moi je te voyais passer quand je rentrais à l’école St Germaine tout en haut un immense mur nous séparait, certaines filles passaient leur temps à vous envoyer des petits signes amicaux. Et de toutes tu étais le préféré.

Petits signes amicaux qui ne vous laissaient pas insensible du tout. Si bien que tes copains ont décidé de taquiner les filles un jour ou nous défilions avec fierté sur le front de mer têtes couronnées et nos vélos improvisés en corsos fleuris de branches d’un mimosa coupé trouvé en chemin. Tes copains se sont mis au milieu de la route nous forçant à nous arrêter et un des trois a arraché les branches de mimosa sur les vélos des filles.

Pour moi ! Il était hors de question de se laisser faire et de nous laisser embêter par des garçons …j’ai réagi vivement.

Tranquille tu t’es levé, tu es venu et tu t’es approché de moi, tu as ramassé les branches abîmées, et tu les as remises sur mon vélo. Tu as gardé un brin de mimosa et tu me l’as tendu en souriant C’était notre première rencontre.

Mais ça ne te suffisait pas tu voulais vraiment que cesse ces querelles entre filles et garçons, tu voulais faire la paix… plus de deux heures tu as attendu que je me décide à vouloir te serrer la main.

Et nous sommes devenus des amis. 

Plus jamais les garçons et les filles se sont disputés.

 Tu m’invitais à venir chez tes parents… Je te trouvais quelquefois à la batterie de l’orchestre de Gérard ton frère passionné de musique …et tu m’emmenais dire bonjour à tes parents, faire la bise à ta gentille grand-mère ancienne dentellière du nord de la France et à tes petites sœurs toutes timides. 

Tu étais très souvent au port avec les pêcheurs, curieux de la mécanique des bateaux, tu aimais leurs odeurs. Tu attendais que je passe et nous allions sur les rochers de la plage, toujours sur le même ! plat et tt juste une place pour les deux. ...assis côte à côte, moi les yeux dans le déferlement et dans le bruissement des vagues avec une envie folle de faire du surf, toi le regard fouillant l’océan tu me parlais de ton rêve d’être marin …et puis un jour tu m’as annoncé avec précaution que ton rêve était de devenir sous-marinier, de naviguer dans les profondeurs des mers… 

 

Face à mes craintes… tu t’es retourné vers moi, tu m’as pris la main, comme toujours quand tu voulais me faire entendre raison, le regard plein de douceur, serein tu m’as rassuré. Et tu m’as dit, mais je reviendrai…

 

La veille de ton départ, tu m’as dit : certains vont partir …je pense que ça serait bien que tu viennes à Toulon faire tes études…. Je me suis renseigné… On pourra se voir plus souvent… Et on sera moins loin… j’aurai des permissions …  Tu as rajouté : j’en ai parlé à mes parents, je reviendrai à Pâques et …

 

Tu es parti début janvier, heureux de réaliser ton rêve d’être marin et de naviguer pour de vrai pour la première fois dans les profondeurs de la mer, et ………Vous n’êtes pas revenus.

 

A l’église à ta place seul un drapeau,  

 

51 ans d’attente…Tes compagnons et toi, on ne vous a pas oublié.

Ici sur ce bateau, au plus près de vous il est temps que vos âmes… et nos soupirs soient enfin libéré !

Parce que nous savons maintenant où vous êtes… où vous reposez pour l’éternité.

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